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LA BOLIVIE, PAYS AUX 36 CULTURES

Par Pierre Kapsalis

Véritable nation arc-en-ciel, la Bolivie est le pays le plus indien d’Amérique du sud. Deux-tiers de sa population se revendiquent de cette culture et 36 ethnies peuplent l’ensemble de son territoire, depuis les hauteurs de l’altiplano jusqu’aux confins de l’Amazonie.

La diversité des peuples indiens de Bolivie est totale : certaines ethnies, comme les Aymaras, comptent plus d’un million d’habitants et ont réussi à envoyer l’un des leurs à la présidence de la République. D’autres, comme les Indiens Guarasugwe, ne comptent plus que quelques dizaines de locuteurs et ont pris la terrible décision de ne plus avoir d’enfants et donc de disparaitre dans un futur proche. Ils estiment en effet que l’avancée de la civilisation occidentale vers leurs terres les a condamnés à la pauvreté la plus absolue.

Parmi les ethnies indiennes les plus importantes du pays, on distingue les Aymaras, les Quechuas et les Guaranis.

Une origine discutée

L’origine des peuples indiens de Bolivie baigne dans l’incertitude. Au moment de la conquête des Amériques par les Espagnols, ceux-ci étaient surtout intéressés par le pillage des richesses, beaucoup moins par l’histoire des peuples conquis. Ce n’est que plusieurs décennies après l’arrivée des Conquistadors que certains personnages comme l’écrivain Garcilaso de la Vega se sont intéressés à ces peuples. Malheureusement, ils ont souvent dû se baser sur des témoignages approximatifs, les faits réels étant déjà lointains.

Ainsi, l’origine des Aymaras, principale ethnie du nord bolivien est toujours sujette à discussion. Si la majorité des historiens situe l’origine des Aymaras sur les rives du lac Titicaca, d’autres pensent plutôt qu’ils sont originaires du nord de l’Argentine et se sont mis en mouvement vers la Bolivie au 12ème siècle. Mais d’après les dernières études, des historiens pensent à présent qu’ils proviennent des vallées péruviennes et que la langue officielle des Incas était l’aymara.

Dans ce flou historique, ce qui est certain, c’est que les Aymaras ont subi l’invasion des Incas au cours du 15ème siècle. Mais à la différence de beaucoup d’Empires, les Incas imposaient leur pouvoir politique et militaire mais permettaient aux peuples conquis de conserver leur culture, leur langue et leur religion.

Une culture omniprésente

Les Aymaras habitent donc les hautes terres du pays, sur l’Altiplano, mais on les retrouve également sur la côte pacifique du nord chilien, du sud péruvien et dans le nord ouest argentin. Depuis toujours les Aymaras ont été de farouches défenseurs de leur culture et elle est omniprésente en Bolivie. Une des manifestations les plus importantes de cette culture est la dévotion à la Terre Mère. Chaque jour, aux quatre coins de l’Altiplano, les Aymaras rendent hommage à la Pachamama sous forme de « chaya » ou offrande à la Terre Mère. On effectue des chayas pour obtenir de bonnes récoltes, pour être protégé lors d’un voyage, pour trouver un bon filon dans une mine…

L’Aymara le plus connu aujourd’hui, après le Président de la République, est une femme : la Cholita. Femme autoritaire au chapeau melon et aux multiples jupons brillants, vêtue d’un indispensable châle et toujours coiffée de deux longues tresses, la Cholita est la vraie patronne des rues de La Paz. Le peuple aymara a une conception du temps différente de celle des cultures occidentales : pour l’aymara, le passé, connu et visible, se trouve devant le locuteur, alors que le futur, inconnu et invisible, se trouve derrière lui.

Tout comme les Aymaras, les Quechuas vouent un culte à la Pachamama, ils doivent vivre dans le pur respect de la Mère Terre. Celle-ci protège ses habitants grâce aux bienfaits essentiels qu’elle offre, comme la nourriture, les Quechuas se doivent donc d’honorer la Déesse de la Terre.

Les Quechuas sont les indiens majoritaires du continent américain. Et avec plus de deux millions de locuteurs, ils sont également majoritaires en Bolivie. Ils sont à l’origine du Royaume de Cusco, assimilé par l’Empire Inca. En Bolivie, ils habitent principalement les vallées andines, dans les départements de Potosi et de Cochabamba.

Les Quechuas accordent beaucoup de valeur à l’entraide communautaire (appelé l’ayni), un point essentiel à leur organisation sociale et toujours d’actualité. Mais le quechua est aussi une langue, la lingua franca des Incas. Quelques mots d’origine quechua se sont d’ailleurs introduits en français, notamment « alpaga », « condor », « lama », « puma », « quinoa » et même « coca ». Cette langue a repris tellement d’ampleur que Microsoft a décidé de sortir une version quechua de Windows, alors que Google a fait de même pour son moteur de recherche.

Le premier gouvernement autonome de Bolivie

Les Guaranis, mis à l’honneur dans le sublime film « Mission », habitent dans le sud-est du pays. Ils sont restés extrêmement attachés à leur mode de vie ancestral. Ainsi la vision occidentale de la propriété privée et de commerce leur est tout à fait étrangère : tout appartient à la communauté et leur économie est basée sur la prestation de services, on donne à une personne nécessiteuse et on reçoit quand on est soi-même dans le besoin.

Depuis la nuit des temps, les Guaranis sont en quête de la « terre sans mal », un lieu révélé par leurs ancêtres où ils pourront vivre sans douleurs ni souffrances. Tout au long de leurs existences, ils ont parcouru de grandes distances à la recherche de cette terre. Cette quête permanente est une caractéristique de la personnalité unique des Guaranis.

Ils ont obtenu en début d’année 2017 le premier gouvernement autonome indigène. Et ils ont décidé d’adopter le mode de vie communautaire, où les intérêts de la collectivité priment sur les individus. Et tout ceci en parfaite légalité : la nouvelle Constitution bolivienne garantit aux peuples indiens la possibilité « d’autogouvernement ».

Un pays aux 37 langues nationales

Des peuples comme les Aymaras ou les Quechuas, ont représenté pendant longtemps la face indienne du pays. Mais à l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales et l’adoption de la nouvelle Constitution en 2009, cette vision a été enrichie par la reconnaissance des peuples qui habitent le bassin amazonien. Ainsi, la Bolivie reconnait maintenant les 36 langues indiennes du pays, en plus de l’espagnol, soit 37 langues nationales. Mais, outre l’importance donnée à leurs langues, cette nouvelle Constitution a impliqué plusieurs changements pour les Indiens de Bolivie : leurs médecines, leurs traditions, leurs pensées ont droit également à une toute nouvelle reconnaissance.