Terra Bolivia » Géographie » Les îles du lac Titicaca

Les îles du lac Titicaca – par Pierre Kapsalis

Le somptueux lac Titicaca est parsemé d’îles dont les temples archéologiques témoignent de l’importance du lieu pour les trois cultures andines les plus importantes de la région : inca, tiahuanaco et aymara. De nos jours, ces îles sont habitées par une population fortement attachée à ses traditions, ses terres et les montagnes environnantes qui abritent les Achachilas, puissants esprits protecteurs. Les Aymaras d’aujourd’hui vivent de l’agriculture, de moins en moins de la pêche et de plus en plus du tourisme. Néanmoins ces îles de toute beauté ont réussi à garder une authenticité et une tranquillité qui font tout leur charme.

Vue depuis l’Ile du Soleil

L’île du Soleil

Son nom originel était l’île Titicaca et c’est elle qui a donné son nom au lac. C’est l’île la plus étendue du lac. C’est aussi celle qui abrite le plus de temples et de lieux sacrés. C’est enfin un lieu baigné par les légendes, encore bien présentes dans l’esprit de ses habitants. Au nord, l’île abritait à l’époque des Incas un sanctuaire appelé Chincana. Ce sanctuaire avait une double fonction : héberger les ñustas, les Vierges du Soleil qui rendaient hommage au tout puissant Inti – Dieu du Soleil – mais également conserver les aliments destinés aux nombreux pèlerins qui venaient sur l’île. Car tout proche des ruines de Chicana, se trouve un gros rocher d’apparence anodine. Cet endroit, empreint de mystère, était d’une grande importance pour les Incas : c’est là que se situe l’origine de leur dynastie. C’est en effet de ce rocher que seraient partis Manco Capac et Mama Ocllo – les enfants du Soleil – pour fonder l’Empire de Cuzco.

 

Mais c’est également de ce rocher que serait réapparu le soleil : l’histoire des Incas est divisée en cycles et chaque fin de cycle donne lieu à une terrible catastrophe. C’est lors d’une de ces catastrophes – un déluge apocalyptique – que le soleil aurait profité des cavités de ce rocher pour s’y réfugier. Une fois le déluge passé, le soleil s’est à nouveau élancé dans le ciel, donnant naissance à un nouveau cycle de vie. Les empreintes géantes de pas que l’on peut observer à quelques centaines de mètres du rocher seraient d’ailleurs celles laissées par le Dieu des Incas. En outre, ce rocher sacré était à l’origine recouvert d’or et d’argent, représentant symboliquement le soleil et la lune, précieux métaux bien évidemment enlevés par les Conquistadors.

Au sud de l’île, les Incas ont bâti un palais, Pilkokaina, réservé à leur Empereur Tupac Yupanqui, Inca qui conforta le pouvoir de Cuzco sur toute la région du lac Titicaca. L’île du Soleil étant d’une très grande importance religieuse, Tupac Yupanqui se devait de visiter régulièrement les lieux et honorer le sanctuaire du rocher sacré.

 

Ce bâtiment, de deux étages à l’origine, est orienté vers l’est, comme toutes constructions incas, en signe d’adoration au soleil. Mais ici, la porte principale du palais est également orientée vers la montagne Illampu et sa divinité Illapa, Dieu du Tonnerre et de la Pluie, toujours très respecté par les habitants actuels de l’île. Encore aujourd’hui, lorsque la pluie vient à manquer, les Aymaras n’hésitent pas à déposer une grenouille sur les hauteurs de l’île, en espérant que ses cris soient entendus par Illapa et qu’Il sauve ainsi leurs précieuses cultures.

L’île de la Lune

Cette petite île est la seconde île sacrée des Incas. On y trouve les ruines du palais Iñak Uyu, réservé aux Vierges du Soleil, les ñustas, choisies au sein des familles les plus nobles de l’Empire. Durant leurs séjours sur cette île, elles recevaient l’éducation qui allait leur permettre de devenir les futures prêtresses. Certaines d’entre-elles allaient aussi devenir les concubines de l’Inca. Actuellement, seulement quelques familles résident sur cette île, d’une grande tranquillité et offrant une vue époustouflante sur la Cordillère Royale et ses sommets enneigés.

 

Suriqui

La population de l’île de Suriqui se consacre depuis toujours à la construction traditionnelle d’embarcations en roseaux, la précieuse totora qui pousse abondamment dans les eaux peu profondes du lac. Thor Heyerdahl, scientifique norvégien, a par ailleurs fait appel aux habitants de cette île pour la construction du Ra II, utilisé lors d’une incroyable expédition visant à prouver une de ses célèbres théories : les bâtisseurs des pyramides de l’ancienne Egypte auraient pu traverser l’Atlantique et atteindre le continent américain sur de fragiles constructions en roseaux. Depuis lors, les habitants aymaras de Suriqui ont construit plus de 20 embarcations servant à des expéditions transocéaniques et ont acquis une renommée internationale. Paradoxalement, sur le lac Titicaca les barques en totora ont maintenant disparu et sont remplacées par des bateaux en bois. La raison est de toute évidence pratique : la vie utile d’une embarcation de totora est à peine d’une année, tandis qu’une embarcation en bois dure plus de 15 ans.

Kalahuta

Tout comme Suriqui, cette île fait partie du lac mineur ou lac Wiñaymarka, la partie méridionale du Titicaca. Son nom en aymara signifie « la maison en pierre » car l’île abrite de très nombreuses chullpas, tours funéraires d’origine aymara. Ces chullpas, de deux ou trois étages, étaient destinées à abriter les corps des plus hauts dignitaires de la région.

Pariti

Cette petite île d’à peine 4 km2 est devenue célèbre au début des années 2000, lorsqu’une équipe d’archéologues a découvert plus de 400 poteries enterrées et conservées dans un état tout à fait exceptionnel. Après datation au carbone 14, on a pu déterminer que ces poteries provenaient de l’Empire de Tiahuanaco. Cette découverte archéologique, la plus importante de ces dernières décennies pour la Bolivie, a établi que Pariti était un lieu sacré où se sont déroulées d’innombrables offrandes à la Terre Mère, à la fin de l’Empire de Tiahuanaco