Escapade dans les grands espaces du parc Sajama
Fabrice pawlak, Extrait du livre sommets incas, Editions glénat

La Cordillère Occidentale, frontière naturelle entre le Chili et la Bolivie, est d’abord la ligne de partage entre les paysages arides et désolés du versant Pacifique et les étendues peuplées (relativement) de l’Altiplano. Du haut de ses volcans disséminés le long d’un axe nord-sud, les Incas pouvaient contrôler efficacement un vaste territoire en même temps qu’ils procédaient à des rituels sacrés dans des cratères souvent parfaitement coniques et accessibles, à l’image de celui du Parinacota. Pour l’andiniste, c’est le plaisir d’évoluer dans un cadre somptueux chargé de traditions séculaires et la récompense au bout de l’effort, un panorama de premier choix : l’Altiplano bolivien d’un coté, et de l’autre, l’interminable descente jusqu’aux plages chiliennes du Pacifique.

Le parc national de Sajama, cœur de cette cordillère, est l’une des merveilles méconnues de l’Altiplano. Outre ses majestueux volcans, il abrite de nombreuses espèces animales. Royaume des alpagas et des viscachas (lapins au long poil et à longue queue), on peut aussi y observer des troupeaux de vigognes, de nombreuses variétés d'oiseaux (ibis), des ñandus et même quelques condors. Cette Cordillère de Sajama n’a rien à voir avec les autres cordillères boliviennes, issues de contraintes tectoniques. Là, tout près du choc titanesque entre la plaque océanique de Nazca et le continent sud-américain, le magma en fusion peut encore remonter en surface et modeler le paysage de volcans culminant au-delà des 6 000 mètres d’altitude. Le plus haut d'entre eux est le Sajama (6 540 m alt.), point culminant de Bolivie. Anecdote, c’est sur les flancs du volcan Sajama que l'on trouve le type d'arbustes le plus haut de la planète, la kena, à plus de 4 100 mètres d’altitude.

Peu d’andinistes viennent ici. Peut-être une tentative du Sajama par semaine, en haute saison. Un peu plus pour les sommets voisins, plus faciles.


La Légende du Sajama


Les sommets des Andes ont toujours eu leur place dans les légendes de l'Altiplano. Voici la plus connue, celle du Sajama : « … Il y a bien longtemps se déroulait une guerre impitoyable entre les montagnes. Le Huayna Potosi, le Condoriri, l'Ancohuma ou encore l'Illampu poursuivaient le même rêve : celui d'être le plus haut d'entre tous ! "Pacha", le créateur, fatigué de ces querelles, ordonna la fin des hostilités. Au moment de la trêve, l'Illimani était le grand vainqueur. Mais un voisin ambitieux contesta sa victoire. Troublé dans son sommeil, "Pacha" décida de punir l'insolent en lui coupant la tête. Il fit tourner sa terrible fronde... tous les sommets, impressionnés, se firent tout petits, le vent de l'arme cosmique brûlait leurs blessures à peine cicatrisées.

Ils entendirent alors le sifflement du projectile et le terrible fracas de l'impact. Lorsque la poussière disparut, il manquait toute la partie supérieure de l'imprudent. Sa tête reposait bien loin sur l'Altiplano et les hommes le nomment aujourd'hui Sajama, c'est à dire l'éloigné en langage aymara. Quant au reste dépourvu de tête, et dont on peut admirer depuis La Paz la cime qui prend la forme, non d'un sommet, mais d'un vaste plateau neigeux, il se nomme aujourd'hui Mururata, c’est à dire le décapité ».


Football sur le toit des Andes


Au mois d’août 2001, une poignée de guides boliviens de haute montagne, du Club Andino Boliviano, établissait un record du monde insolite : le match de football le plus haut du monde. Sur le sommet du volcan Sajama, à près de 6 500 mètres d’altitude, se jouait le match de football le plus haut de l’histoire entre une équipe de La Paz et une équipe locale de « campesinos » (paysans) du village de Sajama. Après 3 jours d’ascension, les équipes parvenaient à tracer sur le large sommet (dôme étendu) un terrain de football, à y installer deux buts puis à revêtir les maillots réglementaires pour disputer deux mi-temps de 45 minutes.

Alfredo Martinez, doyen du Club Andino Boliviano, est à l’origine de ce projet. Son idée s’est imposée suite aux plaintes successives (depuis 1997) des fédérations de football argentine et brésilienne qui rejettent la validité des matchs de qualification pour la coupe du monde joués dans la capitale bolivienne, à 3700 mètres d’altitude. Il est vrai qu’à cette altitude, les Batistutas et autres Ronaldos n’ont pas du tout le même rendement.

Le football est une chose sacrée en Amérique du Sud, tout comme les volcans l’étaient pour les incas et très vite l’affaire devînt une affaire d’Etat et fît les gros titres des journaux. A tel point que les Boliviens ne se souviennent que d’une seule déclaration du président Chirac lors de sa visite officielle : la France est en faveur des matchs de qualification à La Paz… Alfredo Martinez eut alors l’idée de démontrer (par provocation sans doute) qu’il était parfaitement possible de jouer au football en altitude. L’opération était tout d’abord prévue en juillet 2001. Les deux équipes étaient prêtes pour l’ascension. Même le président du pays prévoyait de rejoindre le terrain en hélicoptère depuis La Paz afin d’assurer la promotion de l’événement. En raison du mauvais temps, l’opération et le match durent être annulés. Et ce n’est que quelques semaines plus tard (météo plus clémente) que fut disputé la partie historique, mais sans le soutien des médias cette fois ci.


Ascensions


- SAJAMA - 6 520 m
Compter 3 jours au total depuis le village (4250 m).
Voie normale : Du village, suivre la piste vers Tomarapi puis bifurquer sur un sentier vers la droite (volcan) pour rejoindre un confortable camp de base à 4800 m (une bonne partie du trajet peut se réaliser en 4x4) aux abords du rio Aychuta (4h). L’ascension emprunte l’arête Nord-ouest. Il faut d’abord gravir, depuis le CB des pentes d’éboulis sur le versant nord de la vallée et traverser le pierrier en face de vous. Remonter l’arête NW et monter jusqu’en haut d’un large couloir coincé entre deux anciennes coulées de lave. Le camp d’altitude (5450 m) se trouve au bout du couloir (5h). Le lendemain, poursuivre l’ascension sur l’arête jusqu’au glacier. Une série de faux sommets mènent au point culminant. La dernière partie peut-être assez longue et fatigante, surtout si on trouve des pénitents (assez fréquents). Vents forts en général.

- GUALLATIRI - 6 065 m
La frontière boliviano-chilienne est dominée par les quelques volcans. L’un des plus imposants, au sud du poste frontière de Chungara, est le Guallatiri, dont, en général, on peut apercevoir les fumerolles sortant du cratère. Ce volcan est particulièrement actif et la dernière éruption date de 1960. Attention, il est nécessaire de demander un permis d’ascension au bureau de la CONAF à Putre (sur la route d’Arica, à 1 h de la frontière) ou à Arica au moins la veille de l’ascension. Sinon, les « carabineros » de Guallatiri vous poseront des problèmes. Si vous venez de Bolivie, les douaniers fouilleront le véhicule à Chungara et empêcheront l’entrée de tout produits frais. N’emmenez donc que des conserves. Ou cachez les biens mais vous risquez une amende !

Itinéraire depuis le village de Guallatiri : L’ascension est assez facile. Prendre la piste vers le glacier depuis le village (30mn). A pied, rejoignez la limite de la neige et posez votre camp. L’ascension peut se faire par différents versants, la principale difficulté est constituée par les fréquents pénitents sur une bonne partie de votre trace jusqu’au sommet.

- LES PAYACHATAS, ou pics jumeaux (PARINACOTA et POMERAPE)
Accès: meme camp de base. Pour rejoindre ce camp en 4x4 (40 mn), suivez la piste qui part du terrain de foot du village. Il va de hameau en hameau puis se dirige enfin vers le col. La piste, ensuite sablonneuse, est en devers sur une courte portion. Chauffeur d’expérience recommandé ! Juste après, prendre la piste qui monte droit dans la pente. Quand vous ne pouvez plus avancer (le véhicule peine et s’enfonce légèrement juste avant un petit ensemble rocheux), vous êtes arrivés au camp de base, qui peut être venteux. Mais le couché de soleil sur le Sajama, juste en face, est l’un des plus beaux de Bolivie. Vous vous trouvez alors à près de 5000 mètres d’altitude.
Découvrez le récit de l'ascension des jumeaux, là où l'aventure commence.

- Le PARINACOTA - 6 342 m
Ce volcan, presque parfait, est le sommet le plus tenté du parc du fait de sa facilité étant donné son altitude. A certaines époques, on peut même le gravir sans crampons ni corde. Il ressemble à ces volcans que dessinent les enfants : un cône parfait au sommet duquel on trouve un énorme cratère encore bouillant. C’est l’un des plus hauts volcans du monde encore en activité. Ses pentes sont assez régulières sur ses 360 degrés. Ainsi, le Parinacota se présente comme un sommet véritablement accessible à tous, sans aucune difficulté technique, et comme une préparation idéale avant l’éventuelle ascension de son imposant voisin, le Sajama ou son pic jumeau, le Pomérapé. Comptez 8/11 heures d’ascension aller/retour selon votre adaptation à l’altitude. L’itinéraire classique est simple : marchez en direction du col qui sépare le Parinacota (à gauche) et le Pomérapé (à droite). Vous apercevrez sans peine un sentier qui gravit le volcan. A certaines époques, des pénitents ralentissent la progression. Attention, ne descendez pas de l’autre coté du col (vers le Chili), c’est un no man’s land entre le Chili et la Bolivie, les locaux ne s’y aventurent pas, présence possible de mines ! Descente très rapide dans les cendres volcaniques.

- Le POMERAPE - 6 200 m
C’est un sommet peu couru mais ô combien intéressant. Belle voie d’ascension à 40 degrés sur une pente neigeuse régulière. Même camp de base que le Parinacota. Arrivé au col (voir Parinacota), prendre tout simplement à droite vers les pentes. Une fois arrivés en face d’une belle pente uniforme, sortez vos piolets et enchaînez les longueurs. Au bout de cette pente, vous verrez sans peine l’arête sommitale, sur votre gauche. Comptez 6/9 heures d’ascension aller/retour selon votre adaptation à l’altitude. Même itinéraire de descente.



Extrait du livre Sommets Incas: Les plus belles courses des Andes centrales, de Patrick Wagnon et Fabrice Pawlak, editions Glénat.