Terra Bolivia » Culture » Agriculture traditionnelle et question de la Coca

Agriculture traditionnelle et question de la Coca

La Bolivie vit essentiellement des ressources de ses sols et sous sols même si 4 à 5 % seulement du territoire font l’objet d’une exploitation quelconque.

L’agriculture est l’une des activité les plus traditionnelles et, malgré un important exode rural, ce secteur emploie toujours près de 45 % de la population active.

On distingue deux grands types de cultures.

 

  • Sur l’altiplano, les cultures traditionnelles des régions andines : pomme de terre, quinoa, maïs, orge.
  • Des Yungas aux grandes plaines de l’Oriente en passant par les vallées intermédiaires de Cochabamba et Tarija, les cultures tropicales : soja, canne à sucre, riz, café, cacao, agrumes, coton….

 

Certaines cultures, qui connaissent un estimable succès à l’exportation, sont promues et leur production relancée.
Exemple le plus significatif, la quinoa, appelée ici la semilla madre, autrement dit la mère des graines, aliment symbolique de l’altiplano s’il en est.

 

Cultivée depuis plus de 5000 ans, cette plante (qui n’est pas une céréale !) peut pousser jusqu’à des altitudes de plus de 4000 mètres et nécessite peu d’eau, ce qui a assuré son adoption par les populations des régions altiplaniques.

 

De plus en plus prisée, en Europe notamment (il n’est qu’à se rendre au supermarché le plus proche pour s’en rendre compte), la quinoa a connu ces dernières années un accroissement spectaculaire de sa demande en provenance de l’étranger. Au point que la production a été multipliée par 4 en autant d’années. Le phénomène a pris une telle ampleur que la Bolivie aurait même -dit-on- recourt à l’importation pour satisfaire ses besoins intérieurs !

La question de la coca

Autre culture emblématique du pays, la coca connaît aujourd’hui un destin opposé et place la Bolivie dans une pénible contradiction.

 

D’un côté, sa consommation est une tradition millénaire sur l’altiplano, où la petite feuille verte est sacrée et depuis toujours appréciée pour ses vertus (la coca permet une meilleure résistance à l’effort, et atténue la sensation de faim, elle est recommandée pour lutter contre les effets de l’altitude. Infusée ou mâchée, la feuille n’est pas hallucinogène, ses effets sont ceux d’un simple excitant, comparables à ceux du café).

 

La culture de la coca reste donc autorisée, principalement dans la région des Yungas (vallées semi tropicales à quelques heures de La Paz), et la Bolivie est aujourd’hui l’un des rares pays où l’on peut s’en procurer librement (un marché et un musée lui sont même consacrés à La Paz).

 

Cette production est néanmoins soumise à des quotas correspondant à la consommation traditionnelle, et on ne s’étonnera pas de se faire offrir un maté (infusion) de coca en arrivant à La Paz, ou de croiser sur l’altiplano des paysans, des chauffeurs ou des mineurs, une boule de feuilles coincée sous la joue.

 

D’un autre côté, la question de sa culture en vue de la production de cocaïne.

 

A partir des années 70/80 et de l’explosion de la demande de drogue en Amérique du nord et en Europe, la région du Chapare (située entre Cochabamba et Santa Cruz) est devenue l’un des plus gros centres de production de coca et de ses dérivés en Amérique du sud.

 

Cela a eu pour effet de mettre le pays dans la ligne de mire de la DEA (Drug Enforcement Administration), l’organe officiel à la double mission : faire la chasse aux narco-traficants, et superviser l’éradication des plants de coca en Amérique du sud, en collaboration avec les autorités locales.

 

Il fallut aux forces anti drogue d’énorme moyens, une détermination totale et une présence énergique doublée parfois du recours à la brutalité (plusieurs massacres eurent lieu dans la région dans les années 80), pour contraindre les cocaleros (agriculteurs produisant la fameuse feuille) à abandonner la majeure partie des plantations du Chapare au profit de cultures de substitution.

 

Officiellement s’entend… La question de la coca/cocaïne symbolise la difficulté de la Bolivie à composer à la fois avec ses héritages et avec les perversions d’un monde moderne dont elle se sent méprisée.

 

Comme l’indiquent nombre d’observateurs, elle ne pourra sans doute être réglée tant que seuls seront diabolisés les cultivateurs. Plus d’informations : un entretien sur le thème de l’éradication de la coca dans les Andes.