La Cordillère Royale, imprégnée de magie
et paradis des andinistes
Fabrice pawlak et pierre kapsalis

Massif sacré des Andes, la cordillère Royale s’élevait comme un infranchissable rempart entre l’empire inca et l’Amazonie...

Observés depuis les eaux tranquilles du lac Titicaca, les sommets agissent comme de véritables aimants. Méthodiquement alignés, ils forment une extraordinaire muraille, suite ininterrompue de sommets enneigés à plus de 6 000 mètres d'altitude. Et constituent sans doute l'une des plus belles merveilles naturelles d'Amérique du Sud. Pas étonnant, au fond, que les premières civilisations décidèrent de s’installer durablement à ses pieds.


"Dieu est loin et nous devons négocier avec ses intermédiaires, les montagnes."


Malgré ce proverbe aymara, ethnie indienne prédominante dans cette partie des Andes depuis plus de 1 000 ans, les autochtones de la Cordillère Royale (nommée ainsi par les Espagnols) n’ont jamais été énormément attirés par les hauteurs. Même aujourd’hui, rares sont les Boliviens que l’on rencontre en haute altitude. Pour eux, la montagne demeure une divinité qu’il faut respecter, un voisin qui mérite des offrandes quand on ose le déranger. Et ces "gringos" étranges qui s’aventurent jusqu'à son sommet ? Forcément, ils vont y chercher de l’or mais ils n’en parlent à personne...

Le premier homme du vieux continent à découvrir l’Altiplano bolivien fut l’Espagnol Alejo Garcia, en 1524. Sa quête de l’or ne fut guère récompensée... Il faudra attendre quelques siècles pour que d’autres explorateurs se mettent en marche vers ces régions d'altitude, avec un tout autre but, celui de conquérir les hauts sommets inviolés. Les premières expéditions dans la cordillère bolivienne remontent à la fin du 19ème siècle, à une époque où l’alpinisme était encore une activité exclusivement européenne. Les Andes ne feront pas exception et nombreux sont les refuges ou les voies d’ascension portant le nom d’un pionnier du vieux continent.

Pourtant, la cordillère Royale, baptisée ainsi par les Espagnols, regorge de chemins pavés incas. Il n’est pas rare, aujourd’hui encore, d’en découvrir certains non répertoriés par les guides. Toutefois, un doute subsiste, chemin inca ou tiwanakota ? En effet, l’empire de Cuzco rayonna seulement deux cents ans au cours desquels les Incas assimilèrent les techniques et connaissances des civilisations antérieures, en particulier celle de Tiwanaku. On peut penser que les architectes et ingénieurs des chemins furent les mêmes que ceux de la porte du Soleil. Les Tiwanakotas, à leur apogée, étaient suffisamment développés et puissants pour mener à bien la construction de ces routes entre l’Amazonie et les Andes. Sûrement les Incas les ont-ils simplement achevées ou améliorées.

Il ne reste cependant aujourd'hui aucune trace d’éventuelles ascensions des Incas dans cette cordillère et ces farouches guerriers n’ont certainement même jamais atteint ses cimes les plus hautes, à 6 000 mètres et au-delà (ascensions techniques pour la plupart). Ils se contentaient sans doute de contrôler les accès des quelques cols qui offrent un passage inespéré entre l’Altiplano et les Yungas, cette région tropicale paradisiaque, aux dénivelés abrupts et impressionnants, coincée entre les parois minérales andines et les immenses plaines amazoniennes. Les milliers de ruisseaux qui naissent ici, alimentés entre autres par la fonte des glaciers de la cordillère, conduisent droit à l’Amazone, lequel était remonté vers ses sources par les Guaranis, ennemis des Incas.

Cette situation géographique confère à la cordillère Royale sa première originalité : selon le versant où l’on se trouve, l’environnement, tant humain qu’écologique, change considérablement. Des sommets, on se trouve à équidistance de deux mondes opposés.

Versant Yungas, les pluies et le brouillard sont très fréquents et il faudra donc envisager des ascensions côté Altiplano, plus clément. Quand le ciel est dégagé, en revanche, les lieux semblent peut-être moins hostiles, moins durs. Sûrement est-ce la proximité et l’assurance d’odeurs de fruits aux saveurs étranges, de bruits de cascades vertigineuses. Car un peu plus bas, la végétation s’épaissit encore, jusqu’à prendre des allures de forêt vierge. Et la vie ressurgit de toutes parts : sur les routes sinueuses, des camions colorés, anachroniques, chargés d’agrumes ou de passagers, font des virages incroyables. La terre devient fertile, généreuse. On y cultive tout : des melons, des mangues, de la papaye, du café, beaucoup de coca, au milieu des colibris et au son de la « cumbia », dans un décor défiant l’imagination. Tout y est différent et l’on a peine à imaginer, lorsqu’on sirote un jus de maracuja une main ballante dans l’eau fraîche du torrent, la montre bien au fond du sac, qu’on se trouve à proximité de cordées d’andinistes à la quête d’un sommet, endurant le froid et le mal d’altitude, le « sorroche » des montagnes...

Versant Altiplano, le regard porte jusqu’au lac Titicaca et sa population aymara, chargée d’histoire, de légendes et de traditions séculaires. Carrefour des plus anciennes civilisations amérindiennes, lieu de passage de grands destins historiques, le lac Titicaca a depuis toujours exercé un grand pouvoir de fascination sur les voyageurs et les conquérants. De l'empire de Tiwanaku aux Boliviens en passant par les Incas et les Espagnols, tous ont fait de ce joyau naturel un de leurs hauts lieux religieux. Aujourd'hui encore, des milliers de pèlerins venus de toute la Bolivie continuent de s'y rendre lors des fêtes de Pâques pour se recueillir devant la Vierge Noire de Copacabana. Pendant ce temps, comme depuis toujours, les voiles des bateaux de pêche se croisent dans les eaux tièdes du lac sous la lumière aveuglante du Dieu Soleil, Viracocha. C’est ce lieu que Viracocha choisît pour y déposer ses enfants : Manko Capac, le premier Inca, et sa soeur, Mama Ollko, qui plus tard allaient fonder la capitale de l'empire, : Cuzco, « Nombril du monde ». Les croyances ici se mêlent aux légendes et il n'est par rare de se faire conter l'une d'elles par l'un des sages du village de Kalahuta ou de Tiquira. En toute simplicité, autour d'un feu quand l'heure du bivouac est venue, sous une voûte étoilée d'une pureté cristalline...

A ces mythes incas, les aymaras ajoutèrent les leurs. Illimani, Huayna Potosi, Illampu, Sajama, que de noms étranges pour nous autres Européens ! Pour en comprendre la signification, il faut s'intéresser à la mythologie andine, transmise de génération en génération, et toujours aussi présente dans les croyances populaires. « Pacha » est le père du monde, le Dieu cosmique des Andes. Grand maître des hauteurs, des montagnes et des fleuves, il se divisa en 3 forces fondamentales, chacune d'elles étant représentée par un Dieu. Ils forment à eux trois une Trinité: « Pachama », l’essence universelle, « Wira », l'énergie qui anime le monde, et « Kjuno », la force destructrice. D’où « Pacha Tata », le Père du monde inca, « Wira Kocha » le détenteur des eaux de la terre et « Jacha-Kjuno », le grand destructeur descendu des neiges. Vous êtes encore là ?

Pendant qu’une divinité construit, une autre détruit avec la même force. « Wira » choisit les pierres pour édifier les montagnes. « Kjuno » choisit pour son œuvre néfaste les avalanches et les glaciers, fixant sa rage destructrice pour toujours dans la misère minérale. Et quand, à l’issue de ces terribles guerres, les divinités se rendirent compte de la beauté des Andes, elles se transformèrent en de splendides pics de roche et de glace, dominant de leur tête le monde des hommes. Ces Dieux de la neige ont pour nom Illampu, élevé à la gloire du soleil, Illimani, consacré à la lune ou Huayna Potosi, le plus jeune d’entre tous qui garde en son sein les secrets des anciens.

L’ensemble de ces croyances crée une atmosphère propre aux ascensions de la cordillère Royale. Mais le postulant au sommet n’aura sûrement pas besoin de ce parfum mystérieux pour ressentir l'envie d’aller chatouiller les sommets environnants.

Ce fut mon cas. Quand on habite La Paz, il est naturel de gravir ces sommets que l’on admire depuis sa fenêtre dès le réveil. Mon plus beau souvenir reste l’ascension de l’Ancohuma. Nous devions séjourner une semaine à plus de 6 000 m pour un forage au cours d’une mission de glaciologie. L’équipe avait fière allure et c’est après le sacrifice de quelques poulets à la Pachamama que nos coéquipiers boliviens voulurent bien entamer l’ascension. Ou alors c’était pour reculer le moment de porter son sac. Nous étions, il est vrai, surchargés de tubes de forage, d´équipements lourds, et de provisions inadéquats. Pour l’anecdote, Bernard Francou, chef d’expédition et andiniste de grande expérience, avait fait acheté des sacs entiers d’oranges ! Aujourd’hui encore, je ne comprend pas ce qui lui prit, à une époque où les produits lyophilisés ne sont pourtant pas si mauvais. D’autant plus que son anniversaire étant prévu durant le séjour en altitude, nous nous étions surchargés de bonnes bouteilles de vin français. Une équipe de tournage, aguerrie aux conditions difficiles, nous accompagnait à l’occasion de cette mission (Stéphane Peyron). Deux jours plus tard, elle redescendait au grand complet, en manque d’oxygène et sans goûter aux bonnes bouteilles, conservées sans trop de difficulté au frais. A notre grand regret, car nous aurions été bien heureux de filmer ce qui allait suivre. La tête de forage allait se coincer à une dizaine de mètres de profondeur soit à environ 6180 m d’altitude. Nous allions nous relayer deux bonnes journées pour tailler des escaliers dans la glace, sculptant ainsi une bien profonde piscine dans la glace, sur le beau plateau de l’Ancohuma. Le sommet sera atteint quelques jours plus tard, après avoir rempli notre mission et récupéré l’instrument de forage. Temps splendide, équipe d’enfer, massif très esthétique, aventure humaine, que rêver de mieux ?

Embarquez-vous pour une traversée des Andes, avec une caravane de mules.




Des glaciers en danger


Mais la cordillère royale c’est aussi malheureusement la région où les glaciers reculent plus vite que partout ailleurs. En témoigne la disparition totale du glacier Chacaltaya -vieux de 18000 ans- là où se trouvait encore récemment la plus haute piste de ski du monde, ou encore la disparition progressive et inéluctable des glaciers de l’Illimani. L’état de santé de ces glaciers est tellement significatif qu’il est étudié par les scientifiques de tous horizons mais notamment français et boliviens. Ceux-ci ont récemment publié un rapport montrant que ces glaciers ont perdu presque la moitié de leurs volumes, en à peine 30 ans. Et quand on sait que la ville de La Paz dépend principalement de ces glaciers pour son approvisionnement en eau, on peut imaginer facilement les problèmes que cela provoquera pour la capitale administrative du pays.

Si pour nous, occidentaux, la magie de ces montagnes divines ressemble à des contes improbables, pour les Boliviens ce sont des faits qui font partie de leur culture, de leur histoire . Et c’est peut-être alors à nous ,voyageurs, à respecter -et pourquoi pas – à croire et s’imprégner de cette culture.


Ascensions


- HUAYNA POTOSI - 6 088 m
Pour atterrir à La Paz, l’avion contourne forcément une imposante montagne. Il s’agit du Huayna Potosi, qui offre ainsi au voyageur sa première émotion forte avant qu’il ne pose le pied sur la terre ferme. Le massif du Huayna Potosi est le « vrai » 6000 (avec de la glace !) le plus accessible de Bolivie. A moins d’une heure de La Paz, on rejoint un refuge confortable situé en contrebas de la montagne. La voie classique ne présente pas de difficultés techniques particulières. On fera attention à la descente à quelques crevasses. Assez fréquenté d’avril à fin septembre, la voie classique se fait quasiment à la trace depuis le refuge. Une bonne condition physique et une bonne acclimatation assurent le succès de l’ascension. Une bonne idée est de s’installer au refuge de Milluni (1h de trajet en taxi depuis La Paz), agréable mais pas toujours ouvert, et d’escalader le Charquini, juste à coté, manière agréable de bien vous acclimater à l’altitude avant de tenter le plus difficile Huyana Potosi.

Plusieurs voies sont envisageables, de la voie normale à la voie des français, en passant par la face Ouest (mixte et difficile). Bien acclimatés, il est parfaitement possible d'atteindre le sommet par la voie normale en une seule grosse journée (deux en général), sans camp intermédiaire imposant de nombreuses charges supplémentaires. Il n'est pas rare de rencontrer 10 personnes au camp des argentins (5450 m – après 2 h de progression sur le glacier), prenant un bain de soleil avant les efforts prévus pour la nuit suivante. Mais pas d'inquiétude, ce n'est pas encore l'affluence du Mont Blanc... Un autre camp d’altitude est envisageable, juste avant le glacier. Du camp des Argentins (voie normale, grade II/AD, Max 50 °), partez sur le glacier en direction de la face Est. Puis engagez-vous sur la pente raide (50 m dénivelé) pour rejoindre l’arête sur votre droite. Une fois sur l’arête, progressez vers la gauche, dans la pente douce. Vous devez rejoindre le plateau neigeux sous le sommet, sur votre droite, en traversant une série de petites pentes bordées de crevasses (3/4 h depuis camp Argentin). Pour le sommet, deux possibilités : engagez-vous dans la pente face à vous (40/50°) ou traversez le plateau neigeux jusqu’à l’arête (sur votre gauche). Cette deuxième route est moins pentue et plus longue. Descente par le même itinéraire.

- ILLIMANI Pico Sur - 6 462 m
L’Illimani est probablement le sommet le plus connu de Bolivie. Il fait partie intégrante du panorama de La Paz, en toile de fond d’un marché indien grouillant de vie, ou en masse minérale immobile écrasant les quelques buildings de la ville. Tellement voyant de la capitale qu’il en est devenu l’emblème. Au point qu'en 1934, les nazis montèrent jusqu'au sommet un grand drapeau à croix gammée, afin de provoquer la communauté juive de Bolivie. Quelques jours plus tard, un Anglais gravit à son tour la grande montagne pour le retirer. Petit prélude à la guerre qui suivit...

L'Illimani fut escaladé pour la première fois en 1877 par Charles Wiener, un explorateur français. L'objectif était avant tout de déterminer l'altitude exacte du "monstre". Des estimations le plaçaient à près de 8000 mètres ! A noter qu'il s'agissait certainement de la première ascension d'un 6000 mètres dans la cordillère des Andes, véritable exploit si l'on considère les moyens techniques et les connaissances de l'époque. Aujourd'hui, la course jusqu'au sommet ne se fait plus en une semaine mais en 3 ou 4 jours depuis La Paz. Plus récemment, Lionel Terray, de passage en Bolivie, voua une admiration pour ce sommet. En son honneur (bien que Terray n’escalada jamais ce sommet), Alain Mesili, peut-être le plus grand andiniste du moment, nomma la voie sud-ouest du Pico sur la « ruta Lionel ». Malgré son illustre passé (le seul sommet bolivien à faire partie de « l’Encyclopédie des montagnes du monde » éditée dans les années 60), I’Illimani a mauvaise réputation en raison des quelques accidents dont il est le tragique théâtre. Depuis La Paz, on distingue aisément les 3 sommets : Pico Norte, Central et Sur (6462 m, point culminant).

Itinéraire voie normale (dénivelé 1400 m, Grade II/PD, Max 50 °): A Pinaya, rejoindre à pied le site de Puente Roto (3h de marche, 4400 m, croisement du sentier avec une ancienne piste minière), y établir un camp ou poursuivre jusqu’au « Nido de Los Condores » (5h de marche), en suivant l’ancienne piste vers le sud pendant 15 mn avant de monter vers l’arête rocheuse sur votre gauche. Suivre l’arête jusqu’au camp (5450 m). En général, les crampons deviendront indispensables à partir de ce camp d’altitude. Compter ensuite 5/7 heures pour le sommet. Depuis le Nido de Los Condores, suivre l’arête assez raide vers le sommet jusqu’à une rimaye. Puis progressez vers le nord (gauche) avant d’apercevoir un faux sommet. Progressez alors vers le sud (droite) pour l’atteindre. De ce faux sommet, suivre l’arête neigeuse jusqu’au vrai sommet. Descente par le même itinéraire.

[- CONDORIRI - 5 650 m
]() Le massif du Condoriri regroupe 13 sommets culminant à plus de 5 000 mètres. Le plus connu est le Condoriri, qui doit son nom à sa forme : celle d’un condor aux ailes déployées. Superbe sommet, il constitue, comme pour beaucoup, l’une de mes ascensions préférées de la cordillère Royale. La voie classique présente quelques difficultés techniques. Sir Martin Conway, premier occidental à le découvrir en 1895, laissa les impressions suivantes: " Ce massif étrange, qui exerce une espèce de maléfice et que les paysans de la région appellent le Kondoriri, est plein de mystères et peuplé d'animaux féroces. On peut voir, à la nuit tombée, des nuages de condors survolant un immense barrage de glace.".

D'après les mythes de la région, cette zone montagneuse est le refuge des condors les plus grands des Andes. Condors qui à l'aide de leurs pattes enlèvent les enfants pour en faire des hommes-condors. Assez effrayant pour aller y faire un tour... mais les condors sont plutôt rares aujourd’hui.

Si mauvais temps : aller pêcher des truites dans les lagunes aux alentours du camp de base de la laguna Char Khotia (vous renseigner auprès de la famille Quispe Mamani du village de Tuni).

Itinéraire Cabeza del Condor (tête du condor), voie normale sud-ouest (Grade III/AD+, Max 55 °) : Du camp de base, prenez le sentier orienté nord-ouest, en direction de la Cabeza del Condor. La pente se durcit, vous vous heurtez finalement à une pente très raide, qui rejoint un minuscule col qui débouche sur une vue sur le glacier. Il faut descendre dans la roche pour chausser enfin les crampons. Suivre le glacier en direction du sommet, via l’arête neigeuse. L’arête mène jusqu’au sommet et selon son état, on peut opter pour une autre route, plus intéressante à mon avis : Suivez la base neigeuse vers la droite en quittant l’arête. Vous allez finalement rencontrer un couloir en neige qui mène sur l’arête sommitale. Ce couloir, large au départ se rétrécit et se raidit progressivement jusqu’à l´arête (en neige jusqu’au bout). Au bout du couloir, poursuivre l’arête (exposée des deux cotés) à droite jusqu’au sommet. Même itinéraire de descente.

- ANCOHUMA - 6 430 m
Longtemps, l’Ancohuma (« Eaux blanches » en aymara) fut considéré comme un plus de 7000 m par les cartographes boliviens, le couronnant ainsi de plus haut sommet en dehors de l’Himalaya. A mes yeux, l’Ancohuma est le sommet le plus attirant de la cordillère Royale, pour le plaisir de son ascension. Il faut d’abord traverser un immense plateau neigeux avant de poursuivre jusqu’au sommet via une longiligne et uniforme arête de glace. Il fut vaincu pour la première fois en 1919 par les allemands Dienst et Schulze, exploit étant donné la difficulté du sommet et les moyens de l’époque.

Itinéraire voie normale, via la Laguna Glaciar (Grade I/PD, 1000 m dénivelé, 8h, 7j depuis la Paz A/R) : rejoignez Sorata depuis La Paz puis trek bien balisé et fréquenté jusqu'au site impressionnant de la Laguna Glaciar (5040 m) en deux jours (arrêt à Laguna Chillata / bien respecté l’endroit, il est sacré, ne pas vous baigner). Tous les muletiers de Sorata connaissent le sentier. Camp de base au-dessus de la Laguna glaciar (5200 m). Le lendemain, remontez les blocs de granite sur 300 m vers le sud. Progressez par les rochers à droite du glacier jusqu’à l’atteindre. (5500m). Regagnez plus haut la moraine sur la droite du glacier jusqu’à la neige (5700 m). La pente mène directement à un plateau glaciaire (5800m) qu’il faut traverser jusqu´à la base de l’arête sommitale principale sud-ouest. Installez votre camp d’altitude. La course vers le sommet suit l’arête. Descente par le même itinéraire.

- JANKHO LAYA – 5 545 m
Sommet peu couru situé dans une région très peu fréquentée de la cordillère Royale.

Camp de base : depuis le contrebas de Paso Mulla Apacheta (au bord du lac Janco Cota), rejoignez à pied le bout du plat herbeux, cet endroit constitue un bon camp de base (4600 m / 30 mn). Les eaux sont boueuses mais avec patience, vous trouverez quelques ruisseaux d’eau claire.

Voie normale (Face sud-est, grade II, Max 60 °, 700 m dénivelé, 6h) : en raison du retrait récent du glacier, il faut d’abord traverser un champ de blocs de granite puis rejoindre enfin le glacier par différents accès (pente à 50/60 °). Une fois sur le glacier, dirigez vous vers l’arête Est, en évitant les larges et à priori évidentes crevasses. Suivre ensuite l’arête jusqu’au sommet. Même itinéraire pour la descente.



Extrait, en partie, du livre Sommets Incas: Les plus belles courses des Andes centrales, de Patrick Wagnon et Fabrice Pawlak, editions Glénat.