ASCENSIONS CORDILLERE ROYALE
HUAYNA POTOSI - 6088 m
Pour atterrir à La Paz, l’avion contourne forcément une imposante montagne. Il s’agit du Huayna Potosi, qui offre ainsi au voyageur sa première émotion forte avant qu’il ne pose le pied sur la terre ferme. Le massif du Huayna Potosi est le « vrai » 6000 (avec de la glace !) le plus accessible de Bolivie. A moins d’une heure de La Paz, on rejoint un refuge confortable situé en contrebas de la montagne. La voie classique ne présente pas de difficultés techniques particulières. On fera attention à la descente à quelques crevasses. Assez fréquenté d’avril à fin septembre, la voie classique se fait quasiment à la trace depuis le refuge. Une bonne condition physique et une bonne acclimatation assurent le succès de l’ascension. Une bonne idée est de s’installer au refuge de Milluni (1h de trajet en taxi depuis La Paz), agréable mais pas toujours ouvert, et d’escalader le Charquini, juste à coté, manière agréable de bien vous acclimater à l’altitude avant de tenter le plus difficile Huyana Potosi.
- Plusieurs voies sont envisageables, de la voie normale à la voie des français, en passant par la face Ouest (mixte et difficile). Bien acclimatés, il est parfaitement possible d'atteindre le sommet par la voie normale en une seule grosse journée (deux en général), sans camp intermédiaire imposant de nombreuses charges supplémentaires. Il n'est pas rare de rencontrer 10 personnes au camp des argentins (5450 m – après 2 h de progression sur le glacier), prenant un bain de soleil avant les efforts prévus pour la nuit suivante. Mais pas d'inquiétude, ce n'est pas encore l'affluence du Mont Blanc... Un autre camp d’altitude est envisageable, juste avant le glacier. Du camp des Argentins (voie normale, grade II/AD, Max 50 °), partez sur le glacier en direction de la face Est. Puis engagez-vous sur la pente raide (50 m dénivelé) pour rejoindre l’arête sur votre droite. Une fois sur l’arête, progressez vers la gauche, dans la pente douce. Vous devez rejoindre le plateau neigeux sous le sommet, sur votre droite, en traversant une série de petites pentes bordées de crevasses (3/4 h depuis camp Argentin). Pour le sommet, deux possibilités : engagez-vous dans la pente face à vous (40/50°) ou traversez le plateau neigeux jusqu’à l’arête (sur votre gauche). Cette deuxième route est moins pentue et plus longue. Descente par le même itinéraire.
ILLIMANI Pico Sur - 6462 m
L’Illimani est probablement le sommet le plus connu de Bolivie. Il fait partie intégrante du panorama de La Paz, en toile de fond d’un marché indien grouillant de vie, ou en masse minérale immobile écrasant les quelques buildings de la ville. Tellement voyant de la capitale qu’il en est devenu l’emblème. Au point qu'en 1934, les nazis montèrent jusqu'au sommet un grand drapeau à croix gammée, afin de provoquer la communauté juive de Bolivie. Quelques jours plus tard, un Anglais gravit à son tour la grande montagne pour le retirer. Petit prélude à la guerre qui suivit...
L'Illimani fut escaladé pour la première fois en 1877 par Charles Wiener, un explorateur français. L'objectif était avant tout de déterminer l'altitude exacte du "monstre". Des estimations le plaçaient à près de 8000 mètres ! A noter qu'il s'agissait certainement de la première ascension d'un 6000 mètres dans la cordillère des Andes, véritable exploit si l'on considère les moyens techniques et les connaissances de l'époque. Aujourd'hui, la course jusqu'au sommet ne se fait plus en une semaine mais en 3 ou 4 jours depuis La Paz. Plus récemment, Lionel Terray, de passage en Bolivie, voua une admiration pour ce sommet. En son honneur (bien que Terray n’escalada jamais ce sommet), Alain Mesili, peut-être le plus grand andiniste du moment, nomma la voie sud-ouest du Pico sur la « ruta Lionel ».
Malgré son illustre passé (le seul sommet bolivien à faire partie de « l’Encyclopédie des montagnes du monde » éditée dans les années 60), I’Illimani a mauvaise réputation en raison des quelques accidents dont il est le tragique théâtre.
Depuis La Paz, on distingue aisément les 3 sommets : Pico Norte, Central et Sur (6462 m, point culminant).
- Itinéraire voie normale (dénivelé 1400 m, Grade II/PD, Max 50 °): A Pinaya, rejoindre à pied le site de Puente Roto (3h de marche, 4400 m, croisement du sentier avec une ancienne piste minière), y établir un camp ou poursuivre jusqu’au « Nido de Los Condores » (5h de marche), en suivant l’ancienne piste vers le sud pendant 15 mn avant de monter vers l’arête rocheuse sur votre gauche. Suivre l’arête jusqu’au camp (5450 m). En général, les crampons deviendront indispensables à partir de ce camp d’altitude. Compter ensuite 5/7 heures pour le sommet. Depuis le Nido de Los Condores, suivre l’arête assez raide vers le sommet jusqu’à une rimaye. Puis progressez vers le nord (gauche) avant d’apercevoir un faux sommet. Progressez alors vers le sud (droite) pour l’atteindre. De ce faux sommet, suivre l’arête neigeuse jusqu’au vrai sommet. Descente par le même itinéraire.
CONDORIRI - 5650 m
Le massif du Condoriri regroupe 13 sommets culminant à plus de 5000 mètres. Le plus connu est le Condoriri, qui doit son nom à sa forme : celle d’un condor aux ailes déployées. Superbe sommet, il constitue, comme pour beaucoup, l’une de mes ascensions préférées de la cordillère Royale. La voie classique présente quelques difficultés techniques.
Sir Martin Conway, premier occidental à le découvrir en 1895, laissa les impressions suivantes:
" Ce massif étrange, qui exerce une espèce de maléfice et que les paysans de la région appellent le Kondoriri, est plein de mystères et peuplé d'animaux féroces. On peut voir, à la nuit tombée, des nuages de condors survolant un immense barrage de glace.".
D'après les mythes de la région, cette zone montagneuse est le refuge des condors les plus grands des Andes. Condors qui à l'aide de leurs pattes enlèvent les enfants pour en faire des hommes-condors. Assez effrayant pour aller y faire un tour... mais les condors sont plutôt rares aujourd’hui.
- Si mauvais temps : aller pêcher des truites dans les lagunes aux alentours du camp de base de la laguna Char Khotia (vous renseigner auprès de la famille Quispe Mamani du village de Tuni).
- Itinéraire Cabeza del Condor (tête du condor), voie normale sud-ouest (Grade III/AD+, Max 55 °) :
Du camp de base, prenez le sentier orienté nord-ouest, en direction de la Cabeza del Condor. La pente se durcit, vous vous heurtez finalement à une pente très raide, qui rejoint un minuscule col qui débouche sur une vue sur le glacier. Il faut descendre dans la roche pour chausser enfin les crampons. Suivre le glacier en direction du sommet, via l’arête neigeuse. L’arête mène jusqu’au sommet et selon son état, on peut opter pour une autre route, plus intéressante à mon avis : Suivez la base neigeuse vers la droite en quittant l’arête. Vous allez finalement rencontrer un couloir en neige qui mène sur l’arête sommitale. Ce couloir, large au départ se rétrécit et se raidit progressivement jusqu’à l´arête (en neige jusqu’au bout). Au bout du couloir, poursuivre l’arête (exposée des deux cotés) à droite jusqu’au sommet. Même itinéraire de descente.
ANCOHUMA - 6430 m
Longtemps, l’Ancohuma (« Eaux blanches » en aymara) fut considéré comme un plus de 7000 m par les cartographes boliviens, le couronnant ainsi de plus haut sommet en dehors de l’Himalaya.
A mes yeux, l’Ancohuma est le sommet le plus attirant de la cordillère Royale, pour le plaisir de son ascension. Il faut d’abord traverser un immense plateau neigeux avant de poursuivre jusqu’au sommet via une longiligne et uniforme arête de glace. Il fut vaincu pour la première fois en 1919 par les allemands Dienst et Schulze, exploit étant donné la difficulté du sommet et les moyens de l’époque.
- Itinéraire voie normale, via la Laguna Glaciar (Grade I/PD, 1000 m dénivelé, 8h, 7j depuis la Paz A/R) : rejoignez Sorata depuis La Paz puis trek bien balisé et fréquenté jusqu'au site impressionnant de la Laguna Glaciar (5040 m) en deux jours (arrêt à Laguna Chillata / bien respecté l’endroit, il est sacré, ne pas vous baigner). Tous les muletiers de Sorata connaissent le sentier. Camp de base au-dessus de la Laguna glaciar (5200 m).
Le lendemain, remontez les blocs de granite sur 300 m vers le sud. Progressez par les rochers à droite du glacier jusqu’à l’atteindre. (5500m). Regagnez plus haut la moraine sur la droite du glacier jusqu’à la neige (5700 m). La pente mène directement à un plateau glaciaire (5800m) qu’il faut traverser jusqu´à la base de l’arête sommitale principale sud-ouest. Installez votre camp d’altitude. La course vers le sommet suit l’arête. Descente par le même itinéraire.
JANKHO LAYA – 5545 m
Sommet peu couru situé dans une région très peu fréquentée de la cordillère Royale.
- Camp de base : depuis le contrebas de Paso Mulla Apacheta (au bord du lac Janco Cota), rejoignez à pied le bout du plat herbeux, cet endroit constitue un bon camp de base (4600 m / 30 mn). Les eaux sont boueuses mais avec patience, vous trouverez quelques ruisseaux d’eau claire.
- Voie normale (Face sud-est, grade II, Max 60 °, 700 m dénivelé, 6h) : en raison du retrait récent du glacier, il faut d’abord traverser un champ de blocs de granite puis rejoindre enfin le glacier par différents accès (pente à 50/60 °). Une fois sur le glacier, dirigez vous vers l’arête Est, en évitant les larges et à priori évidentes crevasses. Suivre ensuite l’arête jusqu’au sommet. Même itinéraire pour la descente.
ASCENSIONS CORDILLERE OCCIDENTALE
SAJAMA - 6520 m
Compter 3 jours au total depuis le village (4250 m).
Voie normale : Du village, suivre la piste vers Tomarapi puis bifurquer sur un sentier vers la droite (volcan) pour rejoindre un confortable camp de base à 4800 m (une bonne partie du trajet peut se réaliser en 4x4) aux abords du rio Aychuta (4h). L’ascension emprunte l’arête Nord-ouest. Il faut d’abord gravir, depuis le CB des pentes d’éboulis sur le versant nord de la vallée et traverser le pierrier en face de vous. Remonter l’arête NW et monter jusqu’en haut d’un large couloir coincé entre deux anciennes coulées de lave. Le camp d’altitude (5450 m) se trouve au bout du couloir (5h). Le lendemain, poursuivre l’ascension sur l’arête jusqu’au glacier. Une série de faux sommets mènent au point culminant. La dernière partie peut-être assez longue et fatigante, surtout si on trouve des pénitents (assez fréquents). Vents forts en général.
GUALLATIRI - 6065 m
La frontière boliviano-chilienne est dominée par les quelques volcans. L’un des plus imposants, au sud du poste frontière de Chungara, est le Guallatiri, dont, en général, on peut apercevoir les fumerolles sortant du cratère. Ce volcan est particulièrement actif et la dernière éruption date de 1960. Attention, il est nécessaire de demander un permis d’ascension au bureau de la CONAF à Putre (sur la route d’Arica, à 1 h de la frontière) ou à Arica au moins la veille de l’ascension. Sinon, les « carabineros » de Guallatiri vous poseront des problèmes. Si vous venez de Bolivie, les douaniers fouilleront le véhicule à Chungara et empêcheront l’entrée de tout produits frais. N’emmenez donc que des conserves. Ou cachez les biens mais vous risquez une amende !
Itinéraire depuis le village de Guallatiri : L’ascension est assez facile. Prendre la piste vers le glacier depuis le village (30mn). A pied, rejoignez la limite de la neige et posez votre camp. L’ascension peut se faire par différents versants, la principale difficulté est constituée par les fréquents pénitents sur une bonne partie de votre trace jusqu’au sommet.
LES PAYACHATAS, ou pics jumeaux (PARINACOTA et POMERAPE) :
Accès: meme camp de base. Pour rejoindre ce camp en 4x4 (40 mn), suivez la piste qui part du terrain de foot du village. Il va de hameau en hameau puis se dirige enfin vers le col. La piste, ensuite sablonneuse, est en devers sur une courte portion. Chauffeur d’expérience recommandé ! Juste après, prendre la piste qui monte droit dans la pente. Quand vous ne pouvez plus avancer (le véhicule peine et s’enfonce légèrement juste avant un petit ensemble rocheux), vous êtes arrivés au camp de base, qui peut être venteux. Mais le couché de soleil sur le Sajama, juste en face, est l’un des plus beaux de Bolivie. Vous vous trouvez alors à près de 5000 mètres d’altitude.
Le PARINACOTA - 6342 m
Ce volcan, presque parfait, est le sommet le plus tenté du parc du fait de sa facilité étant donné son altitude. A certaines époques, on peut même le gravir sans crampons ni corde. Il ressemble à ces volcans que dessinent les enfants : un cône parfait au sommet duquel on trouve un énorme cratère encore bouillant. C’est l’un des plus hauts volcans du monde encore en activité. Ses pentes sont assez régulières sur ses 360 degrés. Ainsi, le Parinacota se présente comme un sommet véritablement accessible à tous, sans aucune difficulté technique, et comme une préparation idéale avant l’éventuelle ascension de son imposant voisin, le Sajama ou son pic jumeau, le Pomérapé. Comptez 8/11 heures d’ascension aller/retour selon votre adaptation à l’altitude. L’itinéraire classique est simple : marchez en direction du col qui sépare le Parinacota (à gauche) et le Pomérapé (à droite). Vous apercevrez sans peine un sentier qui gravit le volcan. A certaines époques, des pénitents ralentissent la progression. Attention, ne descendez pas de l’autre coté du col (vers le Chili), c’est un no man’s land entre le Chili et la Bolivie, les locaux ne s’y aventurent pas, présence possible de mines ! Descente très rapide dans les cendres volcaniques.
Le POMERAPE - 6200 m
C’est un sommet peu couru mais ô combien intéressant. Belle voie d’ascension à 40 degrés sur une pente neigeuse régulière. Même camp de base que le Parinacota. Arrivé au col (voir Parinacota), prendre tout simplement à droite vers les pentes. Une fois arrivés en face d’une belle pente uniforme, sortez vos piolets et enchaînez les longueurs. Au bout de cette pente, vous verrez sans peine l’arête sommitale, sur votre gauche. Comptez 6/9 heures d’ascension aller/retour selon votre adaptation à l’altitude. Même itinéraire de descente.
VOLCANS DU SUD LIPEZ
LLICANCABUR - 5916 m
Le campement de la Laguna Verde est idéal comme camp de base. On y trouvera un confort rudimentaire: matelas, repas chaud. L’ascension du Llicancabur, la plus courue du Sud Lipez, est en réalité pénible sur une bonne partie en raison d’une couche continue de cendres volcaniques (les pieds s’enfoncent). Du reste, la vue du cratère est assurément la plus belle du Lipez. La plongée sous-marine la plus haute du monde a été réalisée dans les eaux du cratère (petit lac en général gelé), en quête de vestiges incas. En général, pas de neige jusqu’au sommet.
Comptez 8/10h aller-retour pour des marcheurs moyens bien acclimatés.
TUNUPA - 5400 m
Le meilleur moyen de se lancer à l’assaut du Tunupa est d’établir son camp de base au village de Jirira et de dormir dans le refuge de Don Carlos et Dona Lupe. Accueil chaleureux. Le plus simple est de rejoindre le village voisin et souvent déserté de Coquesa, de monter jusqu’à la grotte des “momies” (à visiter). Ce chemin vous mènera jusqu’au mirador qui offre une vue large sur le salar. Ensuite, engagez-vous dans les cendres volcaniques, en direction de la partie la plus basse du cratère. Le vent est alors souvent fort, n’oubliez pas vos affaires de montagne malgré l’apparente mais trompeuse facilité de l’ascension. La fin de l’ascension est pénible (on avance ou on recule ?) jusqu’au cratère. Mais de là-haut, c’est très très beau !!! Comptez 6/7 heures aller-retour pour de bons marcheurs bien acclimatés.
OLLAGUE - 5870 m
la région est hors sentiers touristiques. A noter que le village d’Ollague est un poste frontière qui voit passer l’une des rares lignes de chemin de fer bolivien en fonctionnement aujourd’hui. Prendre ce train de Calama à Uyuni (arrêt à la gare Ollague) constitue une aventure en soi, les imprévus seront forcément au rendez-vous de ce voyage digne du siècle dernier (2 départs par semaine d’Uyuni, vous renseigner sur place).
La particularité de cette ascension est que le sommet dispose d’une piste qui mène jusqu’à 5600 m ! Encore aujourd’hui, des mineurs (exploitation de soufre à ciel ouvert) vivent et travaillent en permanence à plus 5000 mètres d’altitude. N´hésitez pas à leur ramener de la coca ou de la bière, ils seront ravis.
UTURUNCU - 6008 m
Volcan sans cratère défini. L’intérêt de l’ascension réside surtout dans le panorama au sommet : vues sur les lagunes Celeste, Amarilla et les étendues ocres du Sud Lipez. Activités volcaniques (attention aux émanations jaunes de soufre) sur les flancs du volcan, facilement observables durant l’ascension.
Accès/Itinéraire : Rejoindre le village de Ketena Chico (auberges simples mais agréables), à l’est de la Laguna Colorada. Au village de Ketena Grande, village voisin, vous trouverez carburant, produits alimentaires de base. De Ketena Chico, traversez en 4x4 la rivière qui longe le village, suivre cette piste qui mène jusqu’au pied du volcan. Une piste d’une ancienne mine (exploitation de soufre) mène à mi-sommet (5000 m). Parfois, la neige empêche d’aller jusqu’au bout de cette piste. Les 1000 mètres de dénivelé à faire à pied se gravissent en quelques heures par un sentier qui contourne la pente la plus abrupte par votre gauche.
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